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- Extrait du « Le Blason & ses secrets
»
©Frédéric Luz, 1995-2002
L'origine des armoiries est avant tout chevaleresque et c'est
vraisemblablement au XIIème siècle que les premiers
écus "héraldiques" sont apparus aux mains
de nobles seigneurs mais il est évident que bien avant
cette naissance on trouvait sur les boucliers des guerriers ou
chevaliers ces figures originelles qui remontent à l'aube
des temps. Chez les Grecs et chez les Romains on retrouve de
ces représentations allégoriques d'animaux, de
figures géométriques qui, bien que nous en ayons
perdu la signification semblent aussi être régies
par des lois de même nature quel'héraldique. De
plus, il est vrai que le Blason a des origines orientales : ainsi
l'Azur qui désigne le bleu est en fait dérivé
du nom arabe de cette couleur.
Personnel à l'origine, le blason représente les
caractéristiques les plus hautes et les qualités
spirituelles les plus nobles du chevalier. Cette représentation
est alors éminemment symbolique : Le lion (emblème
de saint Marc) symbolise la force; l'aigle (emblème de
saint Jean) représente une certaine altérité,
l'intellectualité et la spiritualité; etc. La loi
héraldique voulait que l'aîné soit le porteur
des armes pleines (non modifiées) il devait d'ailleurs
être parfaitement digne de ce privilège. Le blason
étant transmis de père en fils, on pouvait aussi
ajouter à ses propres armes celle d'une terre dont on
devenait l'acquéreur, où même simplement
d'une terre à laquelle on prétendait. On voit apparaître
alors des combinaisons de plusieurs armes dans un même
écu, tels que les écartelés (armes d'Espagne
ou d'Angleterre). Les rois d'Angleterre prétendant être
rois de France, ont longtemps écartelé leurs armes
avec celles de la France - et ce jusqu'en 1801. A la fin du XVIIème
siècle, prétentions, possessions, terres et dignités
aidant, le blason pouvait s'agrandir au point de devenir une
véritable mosaïque de quinze, vingt, trente ou cinquante
parties.
D'abord réservé aux chevaliers, puis aux évêques
ou abbés de grandes familles, le port du blason, témoin
de la vraie noblesse (les qualités cultivées de
génération en génération) fut reconnu
aussi aux très grands bourgeois comme Jacques Coeur, ou
aux grands artisans devenus maîtres en leur art. À
partir du XIIIème siècle, cette pratique s'étend
à l'ensemble de la société, jusqu'aux maîtres-laboureurs,
aristocrates de la paysannerie, qui participaient eux aussi,
à travers les qualités propres à leur métier,
à cette Noblesse de coeur qui fit la gloire de toutes
les classes de la société traditionnelle médiévale.
La noblesse se retrouve, en effet, dans toutes les classes de
la société - elle détermine la véritable
Élite. Le travail sur les authentiques qualités
spirituelles engendra cette sorte de «noblesse universelle
» qui vivifiait la société tout entière.
Faut- il rappeler que le beau nom de Français vient de
franc (libre) et que la liberté est une des qualités
majeures de la vraie Noblesse?
Le blason a dégénéré dans son
graphisme du Moyen Age au XVIIIème siècle. On passa
ainsi peu à peu du lion superbe et flamboyant à
une espèce de "caniche" qui n'avait hélas
plus rien à voir avec la noble science et avec l'art traditionnel.
À la fin du XVIIIème siècle, dans la mentalité
collective, le blason n'était plus qu'un signe nobiliaire
purement décoratif et ce sont les Trois Ordres réunis
qui, en 1789, à la demande du Duc de Montmorency, décidèrent
de l'abolition des armoiries, au même titre que tous les
autres "privilèges" et marques de distinction.
Il s'en suivit un "massacre" héraldique d'une
virulence inouïe: les parchemins furent jetés au
feu et les armoiries grattées ou martelées sur
tous les objets ou monuments, de la petite cuillère au
fronton de château... Napoléon ne devait plus tard
relever l'usage des armoiries qu'au bénéfice de
la seule noblesse d'Empire: et telle est l'origine d'un préjugé
durable qui assimilait le blason et le port des armes à
l'aristocratie de sang.
En fait l'usage des armoiries est aujourd'hui entièrement
libre et tout homme de qualité peut rechercher ou créer
son blason. Pour retrouver avec une certitude absolue les armoiries
de ses ancêtres il faudrait établir une généalogie
familiale complète. Mais un tel travail, s'appuyant sur
un dépouillement systématique des registres paroissiaux
et de l'état civil, peut s'avérer fort coûteux
et surtout très long. Il est souvent nécessaire
d'envisager de nombreuses années de recherches et tout
le monde n'a pas ni le goût et ni le loisir de mener jusqu'à
son terme ce travail de bénédictin.
Les recherches purement héraldiques consistent à
effectuer de patientes investigations dans les armoriaux. Ces
recueils de blasons familiaux aux références généalogiques
par trop succinctes, constituent un outil précieux pour
tous les "quêteurs d'armoiries". Les bibliothèques
publiques possèdent souvent les "grands classiques"
en ce domaine: L'Armorial Général Européen
de J.B. Rietstap (La Haye 1884) et ses suppléments par
Rolland (en tout 14 volumes), le Grand Armorial de France de
Jougla de Morenas (7 volumes), les ouvrages reproduisant certaines
généralités de l'Armorial Général
de d'Hozier (1696)...
A partir du patronyme de la famille, de son origine géographique
et de quelques éléments de généalogie
ou d'histoire familiale ( fonctions ou métiers traditionnels)
il est possible d'aller à la recherche de vos armoiries
à travers les milliers de pages de quelque bonne bibliothèque
héraldique. Cependant les pièges se dresseront
nombreux et parfois pernicieux sur votre chemin. Il faudra éviter
par exemple les chausse-trappes de l'homonymie (plusieurs familles
portant le même nom mais sans rapports généalogiques
réels entre elles) ou les inévitables et exaspérantes
variations orthographiques. A vrai dire seules une solide expérience
et une bonne connaissance des règles de l'étymologie
peuvent vous permettre de venir à bout de ce genre de
difficultés.
On ne peut s'attribuer les armes pleines (sans modifications)
d'une famille dont on ne serait pas un descendant direct ou même
mieux l'aîné porteur du nom. Il ne suffit pas, en
effet, de retrouver un blason Durand en France, Smith en Angleterre
ou Gonzalez en Espagne et de se l'attribuer sans autre forme
de procès... Car c'est bien à des poursuites judiciaires
que l'on peut s'exposer. Certes, les procédures pour usurpation
de blason sont peu fréquentes, mais le droit en la matière
est bien établi: les armoiries, comme le patronyme sont
la propriété expresse d'une famille donnée
et nul ne peut se les approprier sans prouver de façon
certaine l'antériorité de leur possession.
Il convient donc, afin d'éviter de fâcheux "doublons"
(plusieurs personnes portant le même blason) d'introduire,
une fois les armes retrouvées, des modifications de détail
dans la composition (changement d'une ou plusieurs couleurs -
si possible rares comme le pourpre ou le sinople -, ajout d'une
pièce honorable ou de quelque meuble rappelant les traditions
familiales).
Cette démarche absolument traditionnelle appelée
"brisure" consistait pour les cadets à modifier
systématiquement les armes de l'aîné porteur
du nom; elle ne peut cependant s'appliquer que lorsque l'on possède
une présomption suffisante quant à son lien de
parenté possible avec la famille qui porta la première
ces armoiries. Ainsi, M. Trémouille évitera-t-il
de s'attribuer, avec seulement quelques modifications minimes,
les armoiries des Ducs de La Trémoille...
Lorsque les recherches héraldiques s'avèrent
infructueuses, ou lorsque elles aboutissent mais que l'on ne
"se reconnaît" pas dans un blason "historique",
on peut procéder à une création d'armoiries.
On en distingue de deux sortes: les armes parlantes et les créations
pures.
Les armes parlantes, appelées en anglais canting arms
(armes "chantantes"), transcrivent en mode héraldique
la signification étymol ogique du patronyme: les Lefebvre
ou Lefièvre pourront ainsi porter fers à cheval
ou enclumes, les Bosc un chêne ses feuilles ou ses fruits,
les Borie une ferme ou un pigeonnier, etc.... Ces armes parlantes
peuvent prendre aussi parfois l'allure d'un jeu de mot à
la fois phonétique et symbolique, cependant il ne faut
pas abuser de cette méthode qui peut dans certains cas,
confiner au ridicule. Il doit exister un lien réel entre
l'harmonie générale de la composition héraldique
et la signification la plus profonde et, pourrait-on dire, "totémique"
du nom. Une solide connaissance des principes de l'étymologie
ou le recours à un spécialiste paraissent souvent
indispensable.
La création pure et simple d'un blason est tout à
fait légitime: l'héraldique étant une science
vivante, il est parfaitement normal que de nouvelles armoiries
voient le jour. Il convient là aussi de rester vigilant
quant aux fautes, non seulement contre les lois du Blason, mais
aussi contre les règles du bon goût. On évitera
ainsi sans hésitation les meubles "modernes",
c'est-à-dire tous les objets ou signes issus de la Modernité:
les automobiles, les aéroplanes, les paquebots et autres
parachutes... L'Aviation peut être représentée
par des ailes, la Marine par une nef, une ancre ou un gouvernail,
etc. Il existe toujours un meuble traditionnel pouvant représenter
une réalité contemporaine.
Concernant les lois et usages de l'héraldique qu'il
est indispensable de connaître avant d'envisager de créer
ses propres armoiries on se reportera à un bon manuel
du Blason.
Les armoiries ne sont pas de simples rébus, synthétisant
l'état présent des passions et distractions d'une
personne ou d'une famille, leur but ultime est bien plutôt
de symboliser des réalités plus profondes. Les
personnes qui éprouvent le besoin de porter un blason
sont d'ailleurs elles-mêmes, et presque de par ce simple
désir, en-dehors et au-delà des remous de la modernité.
Elles sont d'ailleurs peu nombreuses par rapport à la
masse, comme la qualité l'est par rapport à la
quantité. L'héraldique peut ainsi devenir une sorte
de mode de ralliement et de résistance contre une modernité
massificatrice.

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Cabinet Héraldique Luz
Saint-Hilaire
81300 GRAULHET- France
Tél : + 33 (0)9 53 64 11 07
Fax: +33 (0)5 63 55 59 79
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